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Démarches & incidents

Carte bancaire piratée : que faire, qui rembourse ?

Carte piratée mais toujours en poche : les gestes de la première heure, le remboursement sans franchise prévu par le Livre VII, la plainte et le recours.

ParDelphine V.8 min de lecture

Si votre carte a été piratée alors qu'elle n'a jamais quitté votre poche, vous êtes en principe remboursé en entier, sans même la franchise de 50 €. Bloquez la carte, signalez chaque ligne par écrit, et l'émetteur doit rembourser au plus tard le premier jour ouvrable suivant. La seule vraie bataille porte sur les paiements que vous avez vous-même validés.

Votre carte est-elle vraiment piratée ?

Pas toujours. Une bonne partie des contestations « fraude » qui arrivaient sur mon bureau, à Liège, n'en étaient pas. Avant d'appeler, prenez deux minutes pour lire la ligne.

Ce que vous voyez sur le relevéExplication la plus fréquentePremier geste
Petit montant, 0 € à 2 €, chez un marchand inconnutest de carte par un fraudeur, avant un gros débitbloquer tout de suite
Plusieurs débits rapprochés, souvent en devise étrangèrenuméro copié et revendubloquer, puis signaler chaque ligne
Nom commercial que vous ne reconnaissez pas, montant familiermarchand connu facturant sous un autre nomchercher le montant dans vos courriels
Montant bloqué puis libéré, hôtel, carburant, locationpréautorisation, pas un débitattendre la libération, voir l'article sur l'empreinte bancaire
Abonnement qui continue après un essai gratuitlitige commercial, pas une fraudecontester par la voie du chargeback
Achat sur une console ou une boutique d'applicationssouvent un membre du foyervérifier à la maison avant de signaler

Dans les dossiers que je traitais, la confusion la plus coûteuse était celle du test. Un débit de 1 € chez un nom sans sens, que le porteur laissait passer parce que la somme était ridicule. Trois jours plus tard arrivait la vraie série.

Que faire dans la première heure ?

Bloquer d'abord, comprendre ensuite. Voici l'ordre que je recommandais au téléphone, sans garantie de résultat :

  1. Bloquez la carte dans l'application de l'émetteur, ou chez Card Stop au 078 170 170 (+32 78 170 170 depuis l'étranger), jour et nuit.
  2. Notez l'heure exacte du blocage. C'est la première donnée lue dans le dossier.
  3. Faites une capture d'écran du relevé avec les lignes suspectes.
  4. Écrivez à l'émetteur le jour même : chaque ligne contestée, sa date, son montant, et la mention que la carte était en votre possession.
  5. Déposez plainte à la police et gardez le numéro du procès-verbal.
  6. Si un message ou un faux site est à l'origine, transférez-le à suspect@safeonweb.be, l'adresse de Safeonweb.

Ne cherchez pas d'abord comment le numéro a fuité. Le dossier se lit à partir de l'heure du signalement, pas de votre enquête. L'article sur Card Stop détaille ce que le blocage couvre et ne couvre pas.

Qui rembourse si la carte n'a jamais quitté votre poche ?

L'émetteur, en entier, en principe. Le régime est celui de l'article VII.44 du Code de droit économique, qui transpose l'article 74 de la directive (UE) 2015/2366, dite DSP2.

Deux règles jouent en votre faveur dans un piratage, et elles sont souvent confondues avec la franchise de 50 €. La première : si vous ne pouviez pas détecter le détournement avant le paiement, la franchise ne s'applique pas. Un numéro copié pendant que la carte dort dans votre portefeuille entre exactement dans ce cas. La seconde : une opération passée sans authentification forte, sans code et sans validation dans l'application, reste à la charge de l'émetteur, sauf fraude de votre part. L'avocat Laurent Frankignoul le résume dans une note du 2 octobre 2025 : dans ce cas, « la solution est simple ».

Situation de piratageVotre part, en principeCe que l'émetteur doit prouver pour vous laisser la perte
Numéro utilisé en ligne, sans code ni validation0 €une fraude de votre part
Paiement sans contact sans code0 €une fraude de votre part
Carte clonée à un distributeur ou une pompe, carte toujours sur vous0 €, vous ne pouviez rien détecterune fraude ou une négligence grave
Paiement validé dans l'application après un faux appeldébattuune négligence grave, au sens strict
Débits signalés des mois plus tard, dans les treize mois0 € sur le principeque le retard a causé la perte

La quatrième ligne est la seule vraiment disputée. Elle est traitée en détail dans l'article sur la négligence grave, à la lumière de l'arrêt de la Cour de cassation du 29 juin 2026.

Formulaire de contestation rempli posé à côté d'un ticket de caisse froissé
Dans un dossier de piratage, l'heure du blocage se lit avant les montants.

Faut-il porter plainte pour être remboursé ?

Non, ce n'est pas une condition légale. Oui, il faut le faire.

Le Livre VII ne subordonne pas le remboursement à une plainte. Les émetteurs la réclament pourtant. Buy Way l'écrit dans le guide de la Mastercard One, édition de septembre 2025 : en cas d'utilisation frauduleuse, le procès-verbal vous sera demandé. Un dossier qui l'a dès le premier courrier ne revient pas avec une demande de pièce. Un dossier qui ne l'a pas perd une semaine.

Combien de temps pour être remboursé, et que deviennent les intérêts ?

Un jour ouvrable. L'article VII.43 impose le remboursement au plus tard à la fin du premier jour ouvrable qui suit votre signalement. L'émetteur ne peut attendre que s'il soupçonne une fraude de votre part et l'écrit au SPF Économie. Votre délai à vous est de treize mois après le débit (article VII.41), mais chaque semaine perdue devient un argument contre vous.

Sur une carte de crédit, le piratage a un coût que personne ne mentionne : les intérêts. Si la ligne frauduleuse glisse dans le solde reporté pendant l'examen, elle produit des intérêts au taux du contrat. Voici deux cartes avec leurs trois chiffres.

CarteCotisation annuelleTAEG du solde reportéRetrait de 100 €Tarif relevé chez l'émetteur le
Mastercard One Buy Way17,50 €14,50 % (exemple de 5 000 €)6,50 €9 octobre 2026
Visa Classic de Carrefour (Fimaser)24 €, offerte la première année14,50 % de 1 250 à 5 000 €, 16,50 % jusqu'à 1 250 €intérêts dès le jour du retraitcotisation 31 août 2026, TAEG 9 octobre 2026

Prenez 800 € frauduleux laissés trois mois sur la ligne, à 14,50 % de TAEG. Ils produisent environ 27,50 € d'intérêts. Sur douze mois, cela ferait près de 116 €. Ces montants sont mes calculs, au taux mensuel équivalent, sans nouvel achat. Ils ne devraient jamais rester à votre charge : l'article 73 de la DSP2 impose que la date de valeur du remboursement ne soit pas postérieure à celle du débit.

La brochure ne met pas en avant ceci : sur une carte à débit différé, vous avez une fenêtre. La ligne apparaît sur le relevé avant de quitter votre compte à vue. Écrivez avant la date de prélèvement, en demandant que les lignes contestées soient retirées du montant prélevé.

Le sans contact et les achats en ligne changent-ils la donne ?

Ils la changent à votre avantage, tant que vous n'avez rien validé. Le règlement délégué (UE) 2018/389 autorise le sans contact sans code jusqu'à 50 € par paiement. Le code redevient obligatoire après 150 € cumulés, ou après cinq paiements consécutifs. Certains émetteurs serrent la vis : Buy Way fixe le cumul à 100 €. Un paiement passé sous ces seuils, sans code, est un paiement sans authentification forte. La perte est pour l'émetteur.

En ligne, tout tient à une question : vous a-t-on demandé une validation dans l'application, le 3-D Secure de Visa ou de Mastercard ? Si non, même régime que le sans contact. Si vous l'avez donnée, parce qu'une voix au téléphone vous l'a demandée, le dossier change de nature.

L'émetteur regarde d'abord le journal d'authentification : quel canal, quel appareil, quelle heure. Demandez-en la copie par écrit si le dossier traîne.

Vers qui vous tourner si l'émetteur refuse ?

D'abord vers son service plaintes, par écrit, en exigeant le motif précis du refus. Chez Buy Way, l'adresse publiée est claims@buyway.be ; chez Fimaser, fimaser.sav@fimaser.be.

Ensuite Ombudsfin, le médiateur des conflits financiers. La procédure est gratuite, entièrement écrite, et ouverte dans l'année qui suit votre réclamation à l'émetteur. Son avis ne lie pas la banque. Il pèse pourtant : dans les dossiers que je traitais, la simple mention d'une saisine faisait souvent rouvrir un dossier classé.

Si les débits ont creusé un solde que vous n'arrivez plus à rembourser pendant l'examen, parlez-en tôt à un service de médiation de dettes agréé ou au CPAS de votre commune. Cet article ne remplace pas un conseil adapté à votre situation.

Trois numéros à noter avant d'en avoir besoin

Card Stop, 078 170 170. Le numéro de blocage de votre émetteur, par exemple le 02 320 25 95 chez Buy Way. Et l'adresse de son service plaintes. Notez-les ailleurs que sur la carte.

Si la carte a été physiquement perdue ou volée, le régime est un peu différent : voir l'article sur la carte perdue ou volée. Pour comparer les cartes sur ce qu'elles coûtent, le classement des cartes de crédit belges, le comparateur et l'aide au choix partent des mêmes tarifs relevés.

Sources, consultées le 9 octobre 2026. Répartition des pertes, absence d'authentification forte et détournement indétectable : article VII.44 du Code de droit économique, Livre VII, et articles 73 et 74 de la directive (UE) 2015/2366 ; commentaire de Laurent Frankignoul, 2 octobre 2025. Délai de signalement et remboursement au premier jour ouvrable : articles VII.41 et VII.43 du même Code. Plafonds du sans contact : règlement délégué (UE) 2018/389, article 11. Blocage : Card Stop. Signalement des messages frauduleux : Safeonweb. Recours : Ombudsfin. Mastercard One Buy Way : guide de l'utilisateur, septembre 2025, consulté le 9 octobre 2026 (cotisation, TAEG, retrait, sans contact, blocage, procès-verbal). Visa de Carrefour : comparatif des formes de crédit de Fimaser, version 7 de 2026, consulté le 9 octobre 2026 (TAEG par tranche) ; cotisation relevée chez l'émetteur le 31 août 2026. Intérêts sur 800 € : calcul de l'autrice, 9 octobre 2026. Aucun lien de cet article n'est rémunéré.

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Questions fréquentes

En principe oui, en entier. Si vous ne pouviez pas détecter le détournement de vos données avant le débit, la franchise de 50 € ne s'applique pas (article VII.44 du Code de droit économique). L'émetteur ne peut vous laisser la perte que s'il prouve une fraude ou une négligence grave de votre part.

Bloquer la carte, dans l'application de l'émetteur ou chez Card Stop au 078 170 170. Ensuite, signaler par écrit chaque ligne contestée, avec sa date et son montant. Vérifiez d'abord, en deux minutes, que la ligne n'est pas une préautorisation ou un abonnement sous un autre nom.

Jusqu'à la fin du premier jour ouvrable qui suit votre signalement, selon l'article VII.43 du Code de droit économique. Elle ne peut attendre que si elle soupçonne une fraude de votre part et le communique par écrit au SPF Économie.

Le Livre VII ne fait pas de la plainte une condition du remboursement. Certains émetteurs la réclament pourtant dans leur procédure, comme Buy Way pour une utilisation frauduleuse. Déposez-la : c'est gratuit, et le numéro de procès-verbal accélère le dossier.

Oui, en principe en entier. Un paiement sans contact passé sans code relève des opérations exécutées sans authentification forte, dont l'émetteur supporte la perte sauf fraude de votre part. Le sans contact est plafonné à 50 € par paiement.

Le cas est plus disputé. L'émetteur soutiendra que l'opération a été authentifiée, puis invoquera la négligence grave, qu'il doit prouver. La Cour de cassation l'a définie de façon stricte le 29 juin 2026. Signalez immédiatement et demandez par écrit les faits sur lesquels un éventuel refus se fonde.

Ils devraient l'être. Le remboursement doit remettre le compte dans l'état où il aurait été sans l'opération, et la date de valeur du crédit ne peut pas être postérieure à celle du débit. Vérifiez ligne par ligne sur le relevé suivant.

Photo de Delphine V.

Delphine a passé sept ans au service litiges et rétrofacturation d’un émetteur de cartes belge, à Liège, entre 2015 et 2022 : le bureau où atterrissent les contestations de porteurs, les retraits facturés deux fois et les cautions d’hôtel qui restent bloquées trois semaines. Elle a donc lu, ligne par ligne, plusieurs milliers de relevés de cartes belges, et elle sait où se logent les montants que personne ne regarde avant de signer. Depuis 2023 elle relève chaque trimestre les tarifs publiés des émetteurs belges et tient le tableau de coûts qui sert de base à ce site. Ce qui l’agace : les brochures qui annoncent une carte à 0 € sans mentionner que le premier retrait au distributeur coûte 5 € fixes plus 1,8 % de commission, et que les intérêts courent dès le jour du retrait.